Interview réalisée par Marie-Line El Haddad
Avec BLUEBLUEBLUE – THE LAST EP, Liberty Abstract Art met un point final à une trilogie pensée comme un exercice de liberté totale. Entre prises de risques sonores, identité visuelle assumée et création à l’instant T, Lena et Marie reviennent sur une année de production intense et instinctive.
Trois EPs en un an, sans plan défini ni projection à long terme. Pour Liberty Abstract Art, la création se fait dans l’urgence et l’intuition. BLUEBLUEBLUE – THE LAST EP vient conclure une trilogie conçue comme un terrain d’expérimentation, où chaque sortie musicale ou visuelle repose sur la spontanéité plutôt que sur le calcul. Une manière de créer qui laisse toute sa place à la surprise.
Marie-Line El Haddad : Vous avez choisi de lancer un nouveau projet avec DANCE DANCE DANCE* puis ST DENIS*. Pourquoi avoir voulu dévoiler ces deux morceaux comme portes d’entrée ? Que représentent-ils dans l’univers de Liberty Abstract Art ?
Lena : Pour DANCE DANCE DANCE*, c’était une énorme prise de risque pour moi car j’ai toujours rappé dans mon coin, écris dans mon coin. Cependant, j’avais toujours cette hargne de vouloir exprimer cette frustration à propos de certaines choses comme des paroles dérangeantes ou des personnes qui m’agacent au plus haut point. On a cette habitude de choisir l’introduction et l’outro du projet voir un titre au dessus pour créer un roll-out cohérent, c’est ce qu’on a fait pour toute la trilogie et on le fera peut-être aussi pour notre prochain album.
Marie : Le choix de ST DENIS* et DANCE DANCE DANCE* pour moi c’était évident ce sont deux superbes titres pour choquer un peu nos auditeurs des titres précédents.
MLEH : Vous avez récemment été invité à mixer sur une radio. Comment cette expérience s’est-elle déroulée ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ou permis d’exprimer différemment par rapport à vos propres morceaux ?
Lena : J’ai déjà été DJ avant la formation de notre duo et pour être honnête, ça faisait plus de 3 ans que je n’avais pas touché des platines. J’avais pas peur, j’étais plus anxieuse pour Marie et moi car on devait être synchronisé durant notre performance et c’était là chose qui me stressait le plus. Bien-sûr, c’est une chance incroyable qu’on à eu et j’en suis tellement fière en sachant qu’en début d’année on ne savait même pas où aller principalement.
Marie : Pour rebondir sur la réponse de Lena , le mix radio a été une vraie prise de risque pour moi, 24h avant cet événement je n’avais jamais touché de platine. Léna m’a vraiment accompagnée au mieux dans cette folle aventure. Ça m’a touché de pouvoir mixer tout les morceaux de l’année pour notre anniversaire.

MLEH : Votre signature bleue, à la fois froide et vibrante, continue de dominer vos visuels. Quelle place occupe cette teinte dans votre façon de raconter la musique ? Est-ce une émotion, un espace, ou une forme d’identité ?
Lena : C’est nous, c’est juste nous sur tous les aspects de nos créations jusqu’à faire correspondre notre son à cette couleur qui peut-être source de plusieurs sentiments à la fois. Ce que je ressens par rapport à ça du côté de la musique c’est de la synesthésie, donc une manière de voir les couleurs à travers les sons. Toutes nos musiques me provoquent cette couleur avec des variations qui peut dépendre du titre.
Marie : Je rejoins Léna, cette teinte est un fil marquant dans nos créations autant par l’aplat de cette dernière que dans l’exploration chromatique de ses teintes de divers bleus .
MLEH : Vous explorez un son électro alternatif très texturé. Comment décririez-vous l’évolution de votre son depuis vos débuts ? Avez-vous expérimenté de nouvelles techniques ou influences pour ce projet ?
Lena : Je pense qu’on est passé de ce truc très “BROCKHAMPTON”, “SATURATION TRILOGY, 2017″ à en découvrir notre vrai identité musicale et une grosse prise de risque en poussant jusqu’en ré-adaptant notre son de base qui est été beaucoup plus “shy” (comprendre ici “timide”, ndla) et “calme” alors qu’aujourd’hui on détruit tout avec des 808s qui t’explose les oreilles, nos voix respectif et un contraste qui est toujours reconnaissable malgré l’évolution flagrante du groupe.
Marie : Avec le temps nous sommes passées de sons plus calme a des sons plus électroniques et texturés , nous avons posé une de nos voix pour la première fois sur CHAQUETA-VESTIDO 8.9* pour continuer sur DANCE DANCE DANCE* et quelques notes sur l’EP. Des cris impactant au rap. Nous explorons de nouvelles sonorités.
MLEH : Vous avez tourné un clip pour VTSS* : comment ce visuel s’est-il construit ? Quelle était l’idée ou l’énergie que vous vouliez transmettre à travers cette vidéo ?
Lena : Alors de base, on était sensé faire le clip de ST DENIS* mais par flemme on l’a pas fait. Cependant, on savait qu’il fallait qu’on sorte un clip pour cette fin de trilogie et c’est à ce moment là que j’ai eu l’idée de faire VTSS* en une après-midi (Vidéo-shoot + montage) pour avoir de la matière et une identité bien forte visuellement.
Marie : La production du clip a été entièrement réalisée par Léna. J’admire ça capacité à créer du contenu qualitatif et extrêmement créatif à partir de rien . Elle tourne avec seulement un iPhone et le résultat reste dingue

MLEH : L’EP BLUEBLUEBLUE – THE LAST EP marque-t-il la fin d’un cycle ou l’ouverture vers une nouvelle ère ? Que signifie ce titre et comment résumeriez-vous l’état d’esprit qui traverse l’ensemble du projet ?
Lena : La réponse est dans la question, c’est la fin d’un cycle mais c’est pas l’ouverture pour une nouvelle ère. On a fini et accompli avec succès ce qu’on voulait faire avec cette trilogie qui était de faire 3 EPs en une année et qui a été d’ailleurs un excellent exercice mental et créatif pour nous. On le sait qu’il n’y aura pas de “BLUEBLUEBLUE* Pt. 2” ou un truc dans le genre car notre création est spontanée et pas calculée du tout ce qui crée ce moment de surprise à chaque sortie musicale ou visuelle.
Marie : On a vraiment été très libres dans ce projet, nous travaillons beaucoup à l’instant T . Cette trilogie marque une superbe année de création. On ne sait pas encore ce qu’on va créer pour 2026. C’est pour nous l’excitation d’aller vers l’inconnu.
MLEH : Enfin, si vous deviez imaginer la suite de Liberty Abstract Art après BLUEBLUEBLUE — dans la musique, la scène, ou les collaborations — quelle direction rêveriez-vous d’explorer ?
Lena : Je sais pas, vraiment je sais pas. Un Grammy Award? La santé seine au sein du groupe et un feat avec THEODORA?
Marie : Dans les plus grands rêves, de belles scènes, des feat improbables avec six impala, notinbed ou amnesia scanner. Garder l’incroyable énergie que l’on a avec Léna.
Merci à Lena et Marie pour cette interview! Pour suivre leur travail, c’est par ici.
