Alors que HYBE vient tout juste de confirmer le retour de BTS avec un nouvel album ‘Arirang’ et une tournée mondiale prévue pour le printemps 2026, la question de la “golden era” du groupe s’invite à nouveau au cœur des débats. Entre nostalgie et attentes, les spéculations vont bon train : ce retour collectif marquera-t-il l’apogée d’une carrière déjà exceptionnelle, ou bien l’éclat d’une nouvelle ère encore inédite ?
Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons croisé les regards de certains fidèles du groupe, de producteurs et tout simplement de curieux spécialisés, ainsi que rediscuté des dynamiques économiques qui sous-tendent le phénomène BTS. Plutôt que simple inventaire des “meilleures années”, il s’agit ici de questionner ce que recouvre vraiment la notion d’âge d’or pour un groupe aussi singulier, à l’aune de leur histoire, de leur évolution artistique et de leur impact mondial.

Définir la “Golden Era” : subjectivité et critères tangibles
Portée par des chiffres record, des tournées sold-out et une influence culturelle sans précédent, la “golden era” de BTS semble à la fois évidente et insaisissable. Mais à quoi tient-elle vraiment ? Est-elle affaire de statistiques, de reconnaissance internationale, de maturité artistique, ou plus simplement d’un sentiment partagé par le public ?
Chez Angel, productrice du podcast new-yorkais spécialisé K-ALL et assistante experte BTS pour la DL Team, la notion d’âge d’or ne se limite ni à la réussite commerciale ni à la ferveur médiatique : “Pour moi, la golden era de BTS est encore en train de s’écrire. Ce qui compte, c’est la plénitude que le groupe semble trouver dans sa création, cette capacité à se réinventer collectivement comme individuellement.” Son regard rejoint celui de Lor, italienne, qui préfère parler d’“ère platine” pour souligner la maturité scénique et la puissance émotionnelle de la période “Love Yourself”, mais refuse d’enfermer le groupe dans une temporalité figée. Les témoignages recueillis montrent d’ailleurs l’absence totale de consensus au sein du fandom. Pour certain·e·s, l’âge d’or coïncide avec l’entrée dans l’univers BTS : “C’est le moment où ils m’ont sauvée, où leur musique a pris sens dans ma vie”, confie Lor. « Ils sont venus à moi, m’ont donné la force d’avancer. » Pour d’autres, comme Angel, ce peut être la période post-2021, marquée par une reconnaissance mondiale et des prises de parole inédites, qui cristallise le sentiment d’apogée.

Un parcours également personnel
Ce flou n’a rien d’anecdotique. Il témoigne d’une pluralité de critères :
la créativité musicale et la cohérence artistique, l’impact sociétal et le message porté (notamment autour de la campagne #LoveMyself et des discours à l’ONU), la croissance du fandom et la capacité à rassembler au-delà des frontières, ou encore la dimension personnelle, intime, de l’expérience Bangtan.
Portés par des histoires individuelles, les souvenirs liés à BTS se révèlent aussi pluriels que le public lui-même. L’entrée dans l’univers BTS, souvent marquée par une chanson ou une prestation marquante (comme “Christmas Tree” de V ou la performance des Grammys 2021 pour Angel), façonne une mémoire émotionnelle unique. Angel confie d’ailleurs avoir été littéralement “hypnotisée” par la chorégraphie et la présence scénique du groupe lors de “Butter” : « Ma vie a changé ce jour-là. » Des expériences suffisamment impactantes pour devenir une Golden Era.
Ainsi, la “golden era” de BTS apparaît comme une construction mouvante, à la croisée des trajectoires individuelles et de l’histoire collective du groupe. Elle n’est ni un sommet isolé, ni une simple nostalgie : elle se nourrit des réinventions constantes du groupe, de leur dialogue avec le public, et des promesses que l’avenir laisse entrevoir.

Évolution artistique et message : ruptures, maturité, réinventions
L’histoire de BTS est jalonnée de ruptures stylistiques et de prises de risques artistiques. Les débuts, ancrés dans le hip-hop et la contestation sociale (“No More Dream”, “N.O.”), témoignent d’une urgence à exister et à dénoncer un système éducatif oppressant. Angel souligne la “faim de réussir” palpable dans les premiers clips.

Le tournant “HYYH” marque l’entrée dans une ère de vulnérabilité : les thématiques s’adoucissent, la palette émotionnelle s’élargit, et les récits de jeunesse, d’incertitude et de quête de bonheur prennent le pas sur la pure revendication. Pour Angel, ce moment charnière “capture l’ensemble des émotions de la jeunesse – ses joies comme ses douleurs”. La série “Wings” pousse plus loin encore la maturité : inspiration littéraire (Hesse), exploration de l’identité et de la tentation, solos affirmés pour chaque membre. Lor et Angel s’accordent à voir dans “Blood Sweat & Tears” un sommet visuel et narratif, où la symbolique et la maîtrise artistique se conjuguent. Pour beaucoup, le groupe atteint enfin l’apogée.

La période “Love Yourself” cristallise néanmoins ladite apogée du message : l’amour de soi, la persévérance, l’impact social (campagne UNICEF, discours à l’ONU). Le rayonnement international s’amplifie, et le groupe devient porte-voix d’une génération. S’il ne s’agit pas là d’un âge d’or, qu’est-ce donc ? Les albums “Map of the Soul” et “BE”, quant à eux, interrogent le moi au coeur de l’actualité : la pandémie impose la distance, mais BTS invente de nouveaux liens digitaux, multiplie les contenus interactifs, et transforme l’épreuve en opportunité de connexion. On ressent toutefois in petit essoufflement en termes d’influence. Le départ des membres pour le service militaire obligatoire s’impose ainsi naturellement, apportant presque un second souffle quand le groupe en avait le plus besoin.

En parallèle, les carrières solo, loin d’être perçues comme une menace, sont unanimement saluées comme une source d’enrichissement. Angel insiste : “Leur force, c’est justement cette capacité à briller seuls pour mieux se retrouver ensemble.” Des propos qui ne sont toutefois pas toujours confirmés par d’autres qui voient peu de sens en la carrière solo de certains membres sur le plan strictement musical.

Fandom, médias et impact culturel
Au fil des années, l’ARMY n’a cessé de croître, évoluant d’une communauté soudée à un mouvement mondial, parfois traversé par des tensions internes. Lor remarque avec lucidité que « le fandom a changé, pas toujours en bien », pointant la montée des “solo stans” dont l’attachement à un membre unique peut fragmenter l’esprit collectif.
Dans le même temps, l’impact de BTS sur la diffusion de ma K-pop à l’international continue d’être indéniable. Les collaborations avec des artistes comme Halsey ou Steve Aoki ouvrent de nouveaux marchés, tandis que des titres comme “Dynamite” ou “Butter” ont permis au groupe de conquérir le grand public occidental. Angel souligne que ces collaborations, loin d’être de simples coups marketing, “créent un pont entre les cultures et favorisent la reconnaissance du genre sur la scène mondiale”.
Si la visibilité du groupe dans la mode, la publicité ou les événements internationaux reste encore perfectible selon certains témoignages, leur influence culturelle dépasse désormais le cadre musical. Les discours à l’ONU, la campagne #LoveMyself ou encore leur prise de position contre le racisme lors de leur visite à la Maison Blanche illustrent la dimension d’ambassadeurs culturels que BTS a su endosser.

Le traitement médiatique, quant à lui, oscille entre fascination et maladresse : là où la presse internationale salue leur engagement et leur créativité, certains médias nationaux peinent à saisir la singularité du phénomène, voire véhiculent des clichés persistants qui jouent tantôt en faveur, tantôt en défaveur du collectif. Après tout, toute publicité est bonne publicité.

L’économie de BTS post-service militaire : relance ou apogée dépassée ?
L’annonce du retour de BTS avec un album et une tournée mondiale au printemps 2026 relance toutes les spéculations sur leur potentiel de croissance. Notre article “Retour de BTS en Juin : Vers une Relance du Potentiel de Croissance ?” (Demona Lauren, 12 avril 2025) analysait déjà les enjeux économiques de cette nouvelle phase : après une période de pause imposée par le service militaire, le groupe se retrouve face à une attente colossale, mais aussi à une opportunité inédite de rassembler à nouveau sa base mondiale et de conquérir de nouveaux marchés.
La dynamique économique de BTS repose sur une diversification exemplaire : ventes d’albums, merchandising, concerts, partenariats de marque, plateformes digitales… Chaque levier contribue à un modèle capable d’absorber les fluctuations du secteur musical. Le retour des membres, désormais enrichis de leurs expériences solo, laisserait-il toutefois entrevoir une synergie créative susceptible de séduire à la fois le public historique et de nouveaux venus ?
La question demeure : l’âge d’or peut-il être relancé, ou la magie du premier envol est-elle, par essence, impossible à reproduire ? Certains observateurs rappellent que le marché de la K-pop est plus concurrentiel que jamais, et que le public, volatil, attend d’être surpris.

L’avenir : entre nostalgie, espoir et réalisme critique
Pour une grande partie du public, le retour du groupe est d’abord synonyme de retrouvailles : la promesse de revoir sur scène une alchimie singulière, forgée par des années de promiscuité et de moments partagés. Les témoignages convergent : « Ce que j’attends, c’est de les voir réunis, portés par l’expérience de leurs carrières solo, capables de proposer quelque chose d’inédit sans renier leur essence. »
Le retour n’est pas exempte de doutes. Le nouveau public nourrit des attentes complexes et parfois contradictoires. L’analyse économique, elle, invite à la prudence en dépit de la force de BTS à renaître de ses cendres.

En définitive, la “golden era” de BTS ne saurait se réduire à une période déterminée, ni à une simple nostalgie partagée. Elle est, avant tout, le reflet d’une aventure collective, d’une capacité à rassembler les individus, à transformer l’éphémère et évènementiel en intemporel et légendaire à travers des moments qu’aucun autre groupe ne peut s’approprier ou imiter. À travers les voix croisées de leur public, des analystes et des artistes eux-mêmes, une certitude s’impose : l’histoire de BTS s’écrit au présent. Et si, finalement, le véritable âge d’or était celui que chaque individu, chaque génération, chaque moment de vie choisit de célébrer ? Laissons donc BTS ouvrir ce nouveau chapitre avant d’en juger : comme ils le rappellent eux-mêmes, “the best is yet to come”.

Remerciements spéciaux aux professionnels de l’industrie, à la HYBE, ainsi qu’à Angel, Lor et Earl pour leur participation à cette discussion de fond, avec honnêteté et bienveillance.

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Posted by:Demona Lauren

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