Avec RAEGAN CORE, son projet le plus audacieux et théâtral, la sensation alt‑pop RAEGAN entre dans une ère faite de maximalisme, de camp, et d’expression de soi pleinement assumée. Avec des millions de vues, un nouveau single prévu pour le 29 avril, une fanbase farouchement dévouée et un univers qu’elle construit entièrement seule, elle s’impose comme l’une des voix les plus singulières du mouvement émergent du theatre pop, cet espace où le drame Broadway, l’identité queer et le spectacle pop ne font qu’un.

Demona Lauren : RAEGAN CORE arrive cet été. Enfin ! Quand tu entres dans une nouvelle ère, qu’est‑ce qui change en premier : la musique, la mise en scène ?
RAEGAN : Je pense que tout est complètement aligné. Mais si je devais choisir, je dirais la musique, parce que c’est généralement par là que je commence, puis je construis tout autour.
DL : Et comme ton univers est très narratif, j’imagine que tout se construit comme une histoire. Tu vois tes EPs comme des “actes” dans un grand spectacle, ou comme des chapitres dans l’évolution d’un personnage ?
RAEGAN : Je vois mes EPs comme des chapitres dans l’évolution de mon personnage, RAEGAN, et chaque chanson comme un “acte” dans le spectacle de l’EP. RAEGAN est un reflet de moi, donc comme tout être humain, elle et moi évoluons et changeons constamment.
DL : Tu parles d’évolution, et tu décris cette ère comme un “mouvement”. Qu’est‑ce qui transforme une chanson en mouvement, en quelque chose de plus grand que la musique elle‑même ?
RAEGAN : Pour moi, ce projet est le mouvement. Pas seulement dans le thème, mais aussi dans le genre. C’est une nouvelle version de la pop : risquée, expérimentale, audacieuse. C’est le soulèvement de toutes les drama queens, cry babies, personnes queer et theatre kids à qui on a dit qu’ils étaient “too much”. C’est un espace où on peut tous exister et être nous‑mêmes sans s’excuser.
DL : Justement, tu t’adresses à celles et ceux qu’on a forcés à se réduire. Qu’est‑ce que ça représente de créer pour des gens qui ont passé des années à devoir se faire petits ?
RAEGAN : C’est aussi ma perspective.. J’étais — et je suis toujours — l’une de ces personnes, tu sais, donc c’est naturel d’écrire à partir de mes expériences. Et ça fait du bien de trouver une communauté qui s’y reconnaît.
DL : Et cette communauté adore ton esthétique dramatique, parfois volontairement excessive. L’excès, c’est une forme de vérité, j’imagine ..
RAEGAN : Oui, totalement. Je suis naturellement “too much” hahaha. Ma personnalité est très énergique et over the top. Donc RAEGAN, qui est une version exagérée de moi, doit forcément pousser ça encore plus loin hehehe.
DL : Dans RAEGAN CORE, tu transformes la ville en scène. Où te sens‑tu le plus toi‑même : dans la rue, sur scène, ou dans les mondes fictifs que tu crées ?
RAEGAN : Je dirais que je suis la plus confiante et heureuse dans le monde de RAEGAN CORE et en performance. Je peux me concentrer sur toutes les parties fun et positives de moi. Et quel lion n’aimerait pas vivre dans un monde qu’il a créé à son image ? hahahah.
DL : Tu es chanteuse, autrice, productrice, actrice, danseuse… tu occupes toutes les casquettes. Comment tu gardes une cohérence dans tout ça ?
RAEGAN : Honnêtement, j’y travaille encore. Parfois j’ai l’impression de trop m’éparpiller, mais je le dis souvent et je le pense vraiment : je prospère dans le stress. Quand je travaille non‑stop et que je suis plongée dans mon art, c’est là que je suis la plus heureuse.
DL : Je saisis tellement .. Et dans tes clips, tu mélanges mockumentaire, parodie, drame… Pourquoi ne pas choisir une seule voie ?
RAEGAN : Parce qu’une seule, c’est ennuyeux. Pourquoi choisir entre ses rêves et ses idées quand on peut tout faire en même temps ?
DL : Je ne choisirais pas non plus de toutes manières. D’ailleurs, tu dis que chaque chanson est une scène. Ça donne énormément de relief à ton art. Tu écris l’image d’abord, ou le son ?
RAEGAN : Le son vient toujours en premier, et je construis l’image pendant ou après. Parfois je fais tout en même temps, et c’est super excitant.
DL : Dans tout ça, LONGING + LAMENT est vulnérable, théâtral, presque opératique. Comment tu équilibres sincérité et performance ?
RAEGAN : Pour moi, la performance est sincère. J’exprime juste mes émotions à travers mon art.
DL : Et comme tu amplifies les émotions jusqu’à l’extrême, tu penses que la pop doit être larger‑than‑life ?
RAEGAN : Oui ! L’écriture pop, c’est prendre une émotion ou une histoire et la transmettre de manière descriptive et relatable. Donc forcément, j’exagère pour créer une scène et raconter mon histoire, tout en restant honnête.
DL : Ton travail est profondément queer, mais jamais véritablement didactique. Comment trouves‑tu ce ton : politique sans prêcher, intime sans trop dévoiler ?
RAEGAN : Je me concentre juste sur raconter mon histoire et m’exprimer de manière brute et authentique. Et tout coule.
DL : Si je me souviens bien, ta petite amie apparaît dans tes visuels. Montrer l’amour queer, c’est un choix artistique, un acte politique, ou juste une extension naturelle de ta vie ?
RAEGAN : Inconsciemment, c’est un peu tout ça. Mais quand j’ai pris cette décision, c’était simplement parce qu’elle joue un rôle énorme dans ma narration, et qu’elle est dans le clip de la chanson que j’ai écrite pour elle. Je l’aime, et c’est juste une extension naturelle de ma vie à travers mon art.
DL : Repartons un peu aux sources. Tu as longtemps cru qu’il fallait choisir entre pop et comédie musicale, il me semble. Qu’est‑ce qui t’a fait comprendre que les deux pouvaient coexister ?
RAEGAN : Être ouverte à l’expérimentation. Parfois, on ne pense pas en dehors de la boîte jusqu’à ce qu’on soit forcé d’en sortir. Et un jour, ça a juste cliqué ..
DL : Dans RAEGAN CORE, on entend Broadway, trap, alt‑pop, satire. Comment tu construis ce mélange sans perdre en clarté ?
RAEGAN : Honnêtement, aucune idée hahaha. Je fais juste ce qui me semble bon et vrai. Peut‑être que quelqu’un d’autre trouverait ça confus, mais pour moi c’est chaotique .. et exaltant. Donc .. c’est moi.
DL : .. tu te sens plus proche d’une héroïne Broadway… ou d’une anti‑héroïne pop ?
RAEGAN : Je suis pile au milieu hahah.

DL : Tu as tourné aux US, au Royaume‑Uni et en Europe. Ça en fait quand même ! Qu’est‑ce qui change dans ta performance selon le public ?
RAEGAN : Ces tournées m’ont appris que l’art de performer, c’est convaincre les gens que tu vaux leur attention. Donc c’est mon objectif à chaque show : divertir et offrir un bon moment. Selon le public, j’adapte essentiellement mon énergie pour atteindre ce but.
DL : Après avoir ouvert pour Autoheart et Jazmin Bean, qu’as‑tu appris sur toi en tant que performeuse ?
RAEGAN : Tellement de choses. J’ai l’impression d’être tellement plus mature maintenant. Ma plus grande leçon ? La préparation. Je suis au max et prête quand j’ai bien répété, parce que je peux monter sur scène et juste m’amuser au lieu de réfléchir et faire attention au moindre détail.
DL : Tu as promis que tes prochains shows seraient “plus grands, plus étranges, plus immersifs”. “Étrange”, ça veut dire quoi dans ton monde ?
RAEGAN : J’avais dit “étrange” ?? Je parle tellement que j’ai appris à ne plus m’écouter (oui, référence à Kelly Kapoor, mais sérieusement LOLLL). Je voulais sûrement dire bouillonnant et audacieux !

DL : En parlant d’étrangeté, ton esthétique navigue entre Old Hollywood, gothique, camp et Broadway. Tu te vois comme un personnage en métamorphose constante ou je me trompe ?
RAEGAN : Oui, je dirais que oui !!! Pour la mode, je ne réfléchis pas trop. C’est souvent la partie la moins pensée de mon art, parce que je n’ai pas à écrire ou planifier comme pour mes scripts, ma direction artistique ou ma musique. C’est juste une question de goût et d’expression.
DL : Si tu devais définir ton style de scène en trois mots ?
RAEGAN : Dramatique, théâtral et divertissant.
DL : Tu conclus bien … Mais, je sais que chaque performeuse a une réplique qu’elle attend de pouvoir délivrer. Quelle est la question qu’aucun interviewer ne t’a jamais posée, mais que tu rêves qu’on te donne enfin ?
RAEGAN : Hmm j’adore ça… Probablement mes big three LOL. Mon signe solaire, lunaire et ascendant. J’adore parler de signes astrologiques.
