Derrière RM, Kim Namjoon : l’exposition imaginée par des ARMY au Brésil
Article et interview par Marie-Line EL HADDAD
À des milliers de kilomètres de Séoul, l’univers de Kim Namjoon s’apprête à prendre forme entre les murs de l’Université de São Paulo. Imaginée par des fans, portée par des bénévoles et nourrie par les créations d’ARMY venus d’horizons différents, The Human Behind the Artist — A Arte de Ser Humano ambitionne de proposer bien davantage qu’une exposition consacrée au leader de BTS : une expérience artistique et émotionnelle centrée sur l’homme derrière RM.
À l’origine de cette initiative, deux jeunes Brésiliennes : Camila, 22 ans, à qui l’on doit l’idée originale et qui assure aujourd’hui l’organisation et la direction créative du projet, et Alice, 20 ans, étudiante à l’Université de São Paulo et impliquée dans l’aventure depuis ses débuts.
L’idée naît alors que plusieurs projets de fans commencent à s’organiser autour des concerts de BTS. Camila souhaite elle aussi imaginer quelque chose pour Namjoon, mais les deux jeunes femmes préfèrent ne pas ajouter une nouvelle initiative à celles déjà prévues pendant le concert. « Nous voulions créer quelque chose qui corresponde vraiment à qui il est », explique Alice. L’art s’impose alors naturellement, tant il occupe une place importante dans l’univers de RM.
Lorsque Camila lui parle de la possibilité d’organiser une exposition, Alice pense à son université. Peu à peu, ce qui n’était encore qu’une conversation entre deux fans devient concret. Elles obtiennent un espace à la FAUUSP (la Faculté d’architecture et d’urbanisme de l’Université de Sao Paulo, ndla) et une équipe se forme progressivement autour d’elles, réunissant artistes, designers, architectes, étudiants et bénévoles.
« Au départ, ce n’était qu’une idée dans ma tête, mais aujourd’hui, elle ne m’appartient plus vraiment », confie Camila. « C’est quelque chose que beaucoup de personnes construisent ensemble. »
Le titre choisi pour l’exposition résume à lui seul son intention : The Human Behind the Artist. Car derrière RM (le rappeur, auteur-compositeur, producteur et leader de BTS), Camila et Alice souhaitent avant tout parler de Kim Namjoon.
« On voit RM sur scène, on voit les albums, les performances, les récompenses, le leader de BTS… et tout cela est incroyable. Mais avant tout cela, il y avait simplement Namjoon, qui essayait de comprendre qui il était », explique Camila.
Au fil de ses chansons et de ses prises de parole publiques, l’artiste a régulièrement abordé le doute, les erreurs, les changements et cette recherche de soi qui accompagne le passage à l’âge adulte. Une vulnérabilité que Camila souhaite placer au cœur du projet :
Nous voulons montrer que nous voyons aussi tout cela. Pas seulement l’artiste à succès, mais la personne qui continue d’apprendre et de grandir. – Camila
Cette réflexion trouve également un écho dans l’œuvre de RM. Alice évoque notamment Yun, morceau d’ouverture de l’album Indigo, et sa réflexion autour de l’idée d’être humain avant de faire de l’art. Liée à Yun Hyong-keun, artiste profondément admiré par Namjoon, cette philosophie nourrit également leur propre réflexion sur le rapport entre l’être humain et la création artistique.
« Peut-être que je ne suis finalement pas si perdu que ça »
Plus qu’une succession d’œuvres ou d’informations biographiques, Camila et Alice veulent faire de l’exposition une expérience.
« Honnêtement, j’espère simplement que les visiteurs ressentiront quelque chose », explique Camila. « Peu importe qu’ils repartent heureux, émus, nostalgiques, inspirés ou même un peu confus. Je veux simplement qu’ils se sentent connectés à quelque chose. »
Au-delà du parcours extraordinaire de RM, elles souhaitent faire résonner les sentiments les plus universels exprimés dans son travail : l’insécurité, la solitude, le fait de grandir, de chercher sa place ou encore de se demander si l’on en fait suffisamment.
« Si quelqu’un repart en se disant : “Peut-être que je ne suis finalement pas si perdu que ça”, ce serait vraiment spécial. »
Étudiante en histoire de l’art, Alice souligne d’ailleurs une différence fondamentale entre leur démarche et celle d’une exposition plus conventionnelle. Ici, les commissaires ne cherchent pas à adopter la posture d’observatrices parfaitement neutres.
Nous ne voulons pas être neutres. Nous voulons montrer la manière dont nous nous sommes connectées à lui.
Le projet raconte donc RM, mais explore également ce que son œuvre provoque chez ceux qui la découvrent.
Une question particulièrement complexe reste alors à résoudre : comment traduire la personnalité et l’univers d’une personne dans un espace physique ?
« C’était en réalité l’une des parties les plus difficiles », reconnaît Camila en riant. « Parce que comment est-ce qu’on met la personnalité de quelqu’un dans une pièce ? »
Pour construire le parcours de l’exposition, l’équipe s’est tournée vers les éléments que Namjoon a lui-même partagés publiquement au fil des années : sa musique et ses paroles, bien sûr, mais aussi les livres, l’art, les musées, la nature, son enfance, son parcours avec BTS, son travail en solo, ainsi que les lieux et expériences qu’il a évoqués.
Mais les organisatrices ne voulaient pas que les salles deviennent une simple accumulation d’informations.
« Nous ne voulions pas non plus que tout repose sur l’information. Nous voulons que les gens entrent dans cet espace et ressentent quelque chose », poursuit Camila.
Certaines parties seront ainsi plus colorées et énergiques, tandis que d’autres se feront plus calmes. L’architecture, les textures et la diversité des médiums artistiques participeront elles aussi à l’immersion. Sans trop dévoiler de la scénographie, Alice explique que différentes périodes de la vie et du parcours de RM façonneront le cheminement des visiteurs à travers l’exposition.
« Ce n’est pas une biographie. C’est une lettre d’amour. »
Chercher à explorer « l’humain derrière l’artiste » soulève pourtant une autre question : jusqu’où peut-on aller lorsque l’on raconte quelqu’un que l’on ne connaît qu’à travers ce qu’il a choisi de partager publiquement ?
Une limite dont les deux organisatrices ont pleinement conscience.
« Nous ne connaissons évidemment pas le Namjoon privé. Nous connaissons seulement les parties de lui-même qu’il choisit de partager avec nous », rappelle Camila. « Nous n’avons donc jamais voulu dire : “Voilà qui est Namjoon.” C’est plutôt : “Voilà comment nous percevons le monde qu’il a partagé avec nous.” »
Musique, interviews, discours, écrits et références artistiques constituent ainsi le socle de leur démarche. Sa vie privée, en revanche, reste en dehors du projet.
Camila résume leur approche en quelques mots :
Ce n’est pas une biographie. C’est une lettre d’amour.
Ce même principe a guidé la sélection des œuvres proposées par les fans. Plus de 300 créations ont été envoyées à l’équipe à travers un formulaire ouvert au public, obligeant Camila et Alice à mener un véritable travail de sélection curatoriale.
Certaines propositions étaient manifestement moins compatibles que d’autres avec leur vision… notamment quelques portraits montrant un Namjoon particulièrement peu vêtu.
Alice en rit encore : « Je me souviens m’être dit : “Imaginez si Namjoon entrait vraiment dans l’exposition et tombait là-dessus !” »
Une anecdote légère, mais qui illustre également le principe ayant guidé leur sélection : créer un hommage artistique sans franchir la frontière entre admiration et intrusion.
Car The Human Behind the Artist est avant tout une œuvre collective. L’exposition n’est portée ni par une grande entreprise ni par une équipe professionnelle mandatée pour célébrer RM. Elle est imaginée, construite et financée par des fans.
« Namjoon partage avec nous ses pensées, son art et certaines parties de sa vie, puis ARMY s’empare de ces éléments pour créer quelque chose à son tour », observe Camila. « Il nous a donné tellement de choses auxquelles réfléchir, et aujourd’hui, nous prenons ces émotions pour les transformer en un lieu physique. »
Le projet s’est progressivement structuré jusqu’à prendre également une dimension universitaire. À l’USP (Université de São Paulo, ndla), Alice a notamment contribué à en faire une activité officielle d’extension universitaire, permettant à des étudiants de participer à son développement.
L’engouement dépasse rapidement tout ce que les deux jeunes femmes avaient imaginé. Lorsque vient le moment de lancer la collecte destinée à financer l’exposition, Alice craint même que leur objectif initial ne paraisse trop ambitieux.
« J’ai dit à Camila qu’on devrait peut-être fixer un objectif un peu moins élevé, parce que les gens allaient penser que nous étions trop ambitieuses », se souvient-elle.
Deux jours plus tard, leur premier objectif de financement était atteint.
Et les contributions financières ne représentent qu’une partie de la mobilisation de la communauté. Certains donnent, d’autres partagent le projet, proposent leurs compétences, rejoignent l’organisation ou envoient leurs propres créations. Certaines de ces œuvres ont particulièrement bouleversé Alice.
« J’ai pleuré pendant environ quinze minutes après avoir reçu l’une des œuvres », raconte-t-elle. « J’ai envoyé un message vocal à Camila en pleurant et en lui disant : “C’est tellement beau. Il va être tellement touché par ça.” »
Les organisatrices ont reçu des œuvres aux styles, techniques et influences extrêmement variés, réalisées par des personnes issues d’horizons et de cultures différents. Cette diversité devient elle-même le reflet de l’impact de RM sur ceux qui l’écoutent.
Et si Namjoon franchissait lui-même les portes ?
Lorsqu’on leur demande ce qu’elles souhaiteraient montrer à RM s’il avait un jour l’occasion de visiter l’exposition, Camila rit avant même de commencer à répondre : « C’est une question dangereuse. Je pense que je serais probablement déjà en train de pleurer avant même qu’il entre dans l’exposition! »
Plus qu’une œuvre ou une salle en particulier, elle voudrait qu’il découvre l’exposition dans son ensemble, et, surtout, qu’il prenne conscience du nombre de personnes qui se sont réunies pour lui donner vie.
« Je voudrais qu’il voie que ce n’est pas seulement le projet d’Alice et moi. C’est un projet créé par beaucoup de personnes qu’il a inspirées. »
Son souhait ? Qu’au terme du parcours, Kim Namjoon puisse se dire : « Waouh… j’ai vraiment compté pour toutes ces personnes. »
« Et s’il aimait l’exposition, je pense que ce serait suffisant pour me faire pleurer pendant les dix prochaines années », ajoute-t-elle en riant.
Pour Alice, la dimension géographique rendrait ce moment tout aussi symbolique. Presque à l’autre bout du monde de la Corée, les mots d’un artiste ont trouvé un écho suffisamment puissant pour inspirer des centaines de personnes à peindre, concevoir, étudier et construire quelque chose ensemble.
Cette histoire collective trouve pourtant son origine dans deux parcours individuels de fans qui, eux, n’avaient rien d’évident.
Camila découvre BTS grâce à une vidéo du YouTubeur brésilien Felipe Neto réagissant au clip de DNA. Elle écoute ensuite le groupe occasionnellement avant de s’y intéresser davantage quelques années plus tard. Quant à Namjoon ? Leur relation commence plutôt mal.
« Au début, je ne l’aimais pas parce que je déteste les koalas ! », raconte-t-elle en riant, en référence au personnage de BT21 associé à RM.
Cette hostilité pour le moins inattendue disparaît lorsqu’elle commence à prêter davantage attention aux morceaux écrits et composés par Namjoon, ainsi qu’à ses interviews.
J’ai commencé à être fascinée par son esprit et par sa manière de penser.
L’histoire d’Alice commence elle aussi par une certaine résistance. À 13 ans, ses amies tentent de la convaincre de devenir ARMY et insistent sur le fait qu’elle doit aimer Namjoon. Dans un réflexe de rébellion adolescente, elle décide qu’elle choisira par elle-même.
Puis elle écoute mono.
« Ça a véritablement changé ma vie », confie-t-elle. Le projet l’accompagne tout au long de son adolescence, à une période marquée par les questionnements autour de l’identité et de la place que l’on cherche à trouver dans le monde.
Après s’être quelque temps éloignée du groupe pour se consacrer à son entrée à l’université, Alice revient plusieurs années plus tard au travail de RM, notamment avec Right Place, Wrong Person.
Sa conclusion aujourd’hui la fait sourire : « À 13 ans, j’avais finalement raison. »
Une lettre d’amour devenue collective
À mesure que le projet grandit, Camila et Alice insistent sur une chose : soutenir The Human Behind the Artist ne signifie pas nécessairement contribuer financièrement.
Partager l’initiative, en parler autour de soi, créer quelque chose ou mettre ses compétences à disposition peut également contribuer à donner vie à une exposition dont l’existence même repose sur sa communauté.
« Cette exposition est notre manière de dire merci à Namjoon », explique Camila. « Mais c’est aussi une manière de dire merci à ARMY, parce que sans cette communauté, rien de tout cela ne serait possible. »
Ce qui n’était au départ qu’une idée entre deux jeunes femmes est devenu un projet porté par des artistes, des étudiants, des bénévoles et des fans réunis autour de ce que l’œuvre d’un artiste leur a apporté.
Et si Camila devait finalement résumer le projet en quelques mots, elle reviendrait à l’idée qui traverse toute l’exposition :
Au bout du compte, c’est notre petite lettre d’amour pour lui.
Merci à Camila et Alice d’avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Pour suivre le projet, ça se passe par ici.
Spectaculaire ! Il y a tellement d’amour pour l’art et pour Namjoon.