Établie à Paris depuis 2014, la marque de modisterie éponyme Kiriko Sato façonne une esthétique hybride au croisement du street style, du minimalisme japonais et du savoir-faire français. Dans cet entretien, la créatrice dévoile une démarche artistique singulière où la rigueur technique s’efface au profit de l’intuition, de la sérendipité et des préceptes de la philosophie zen. Maîtrisant sa production de manière quasi autonome, elle aspire désormais à ouvrir un atelier-boutique au cœur de la capitale pour pérenniser ce dialogue intime avec la matière.

Comment a commencé votre vision créative, et quel fondement personnel ou artistique a conduit à la création de la marque ?
Ma vision créative a été profondément influencée par l’idée de « l’imprévu planifié » (Planned Happenstance) — la curiosité, la persistance, l’optimisme, la flexibilité et la prise de risque — ainsi que par la sérendipité, la possibilité que des découvertes inattendues façonnent un parcours.Il y a aussi une dimension philosophique ancrée dans la pensée zen :« La forme est précisément le vide et le vide est précisément la forme. »Pour moi, rien ne possède une essence fixe. Ce qui semble tangible change constamment, et ce qui semble vide contient souvent des possibilités infinies.Mon travail existe quelque part entre l’intention et l’accident, le contrôle et le lâcher-prise. J’essaye de rester ouverte à ce qui apparaît naturellement au cours du processus créatif plutôt que de forcer un résultat définitif.
Comment définissez-vous l’identité de Kiriko Sato aujourd’hui entre héritage culturel, influences contemporaines et recherche esthétique ?
Les gens décrivent souvent mon travail comme minimal, ludique et intrigant. En regardant la marque objectivement, je pense que ces mots sont assez justes.Personnellement, je ne me concentre pas trop sur la définition d’une identité fixe. Je suis plus intéressée par la création de quelque chose d’inattendu tout en maintenant une harmonie avec l’histoire de mes collections précédentes et l’atmosphère contemporaine qui les entoure.Je vois la marque comme un dialogue en évolution plutôt que comme une déclaration finale.

Quel rôle le storytelling joue-t-il dans vos créations : est-ce un élément central de votre processus de conception ou un résultat naturel de celui-ci ?
Le storytelling n’est généralement pas le point de départ de ma création. Il émerge naturellement au cours du processus, presque inconsciemment.Je le vois à la fois comme un allié et un ennemi. Parfois, le sens apparaît à travers l’intuition, les accidents ou les émotions personnelles plutôt qu’à travers un récit délibéré.Je n’essaye pas d’imposer une histoire à un objet. Je préfère laisser de l’espace à l’ambiguïté et à l’interprétation, permettant à chaque pièce d’exister avec son propre silence.
Comment sélectionnez-vous vos matériaux, et comment ces choix reflètent-ils votre relation au temps, à la mémoire et à la durabilité ?
En modisterie, la gamme de matériaux traditionnels est relativement limitée, mis à part les techniques de coupe et couture. D’une certaine manière, cette contrainte rend la différenciation mais plus difficile.En même temps, je trouve cette limitation stimulante. Elle m’encourage à explorer de nouvelles possibilités et à transformer des matériaux familiers en quelque chose d’inattendu.Je m’intéresse à la façon dont un matériau peut porter la mémoire à travers la forme, la texture et le temps.
Quelle est votre approche de la production : travaillez-vous avec des ateliers spécifiques, et comment équilibrez-vous artisanat et modernité ?
Je gère presque tous les aspects du processus moi-même, de la conception initiale à la production des pièces.Selon le projet, je collabore également avec des ateliers en France. J’apprécie le dialogue entre l’artisanat et les approches contemporaines, mais j’essaye de maintenir une relation directe et intime avec le processus de fabrication autant que possible.Pour moi, la modernité ne signifie pas abandonner l’artisanat cela signifie permettre aux techniques traditionnelles d’évoluer naturellement dans le présent.

Comment envisagez-vous l’évolution de la marque dans les années à venir, en termes d’univers, de distribution et d’impact culturel ?
Je veux simplement continuer à construire le projet étape par étape, en restant ouverte aux opportunités et aux rencontres.En ce moment, je cherche un espace à Paris où je pourrais établir un atelier-boutique combiné. J’aimerais également continuer à présenter la marque lors de salons internationaux tels que Tranoï.Peut-être que je suis toujours « l’imprévu planifié » avancer intentionnellement tout en laissant de la place au hasard.
LIEN: https://www.kirikosato.com
SOCIAL: https://www.instagram.com/kiriko_sato/
