C’est sous une pluie battante que nous avons retrouvés les murs de l’événement artistique TXT de l’année, la DL Team étant chaleureusement invitée par HYBE Corp/BIG HIT MUSIC pour l’occasion. Entrer dans l’espace d’exposition dédié à la collaboration entre Yeonjun, figure de proue du groupe TOMORROW X TOGETHER, et la photographe canadienne Petra Collins, c’est accepter d’emblée la rupture. Là où l’industrie de la pop sud-coréenne excelle dans la fabrication d’un simulacre de perfection, un flux ininterrompu d’images lisses, saturées et codifiées pour susciter une adhésion immédiate, cette proposition Made in Seoul impose un coup d’arrêt. Le visiteur n’est pas accueilli par un produit de merchandising visuel, mais par un mot d’ordre critique artistique.

Prélude: la rupture du simulacre

Dès le premier pas dans l’enceinte, une œuvre inaugurale s’impose au regard. Ce cliché en noir et blanc, d’une rigueur formelle absolue, met en scène Yeonjun et Petra Collins dans un rapport d’égalité chromatique et spatiale. Le cadrage, strictement centré, utilise une composition symétrique qui ancre le duo au cœur d’une forêt embrumée. L’arrière-plan sylvestre se dissout dans un flou vaporeux, tandis qu’un rayon de soleil latéral vient mordre le grain de la pellicule. L’atmosphère, dramatique et hautement sérieuse, est traversée par un voile de texture argentique qui refuse la netteté chirurgicale du numérique contemporain.

Tout est dans l’attitude. Les corps droits, deux protagonistes fixant l’objectif avec un regard qui ne quitte pas la caméra. Il y a une forme d’insolence partagée dans cette première image. Petra Collins ne se positionne pas en simple observatrice extérieure, et Yeonjun ne subit pas le dispositif ; ils s’affichent comme co-créateurs d’un univers tiers. Cette entrée en matière agit comme un avertissement pour le spectateur : la complicité évidente des deux artistes sert de clé de voûte à une entreprise de mise à nu. Un premier visiteur dès l’entrée nous accorde ses impressions, l’émotion première est celle d’une fierté immédiate de voir l’idole appréhendée, enfin, à travers le prisme d’un regard d’auteur, métamorphosant la pop-star en pur sujet d’art contemporain.

Cette volonté de rupture avec les formats promotionnels classiques est d’ailleurs confirmée par les instances créatives du label. Comme nous l’a souligné Roian, Branding Creative Director chez BIGHIT MUSIC :

« Lorsque nous avons conçu VOGUE Salon: YEONJUN by Petra Collins, notre intention n’a jamais été de créer une énième exposition centrée sur un artiste K-pop. Nous voulions explorer comment l’identité d’un artiste pouvait évoluer à travers des collaborations significatives avec des voix créatives respectées mondialement, et comment la musique, la mode et l’art contemporain pouvaient s’entrecroiser pour créer un nouveau récit culturel. »

L’errance diurne: la muse romantique face au chaos de la nature

La première section du parcours, baptisée « DAY », explore les paradoxes d’une clarté trompeuse. Petra Collins y plonge sa muse dans un environnement pastoral, mais dépouillé de toute mièvrerie bucolique. La nature, pas aussi si calme qu’elle n’y paraît, n’y est pas un décor décoratif, elle est un révélateur psychologique.

La fracture urbaine dans le vert sauvage

En s’engageant dans le couloir gauche, le spectateur est confronté à une rupture spatiale immédiate. La deuxième photographie présente Yeonjun au cœur d’une forêt dense, mais la composition choisit délibérément l’asymétrie. Décentré, le corps de l’artiste s’inscrit dans un arrière-plan végétal extrêmement chargé, coloré et saturé. C’est un espace visuel presque étouffant de verdure, mais traversé par une brume lumineuse qui adoucit les contours.

La force technique de ce cliché repose sur la gestion de la lumière. Une source réfléchie, provenant du bas à droite, vient frapper le visage de Yeonjun, le détachant du fond sombre de la forêt. Le contraste est autant chromatique que thématique : vêtu d’un chino beige et d’un polo bleu vif, l’artiste arbore un outfit résolument urbain et moderne au milieu de cette nature primitive. Ce bleu saturé, presque anachronique dans ce paysage, isole visuellement le personnage.

La langage corporel de Yeonjun, penché, détendu mais dans un léger mouvement, renforce cette impression d’égarement. Son regard est dirigé vers le haut et la droite, fuyant le cadre, cherchant une issue ou un objet invisible pour le spectateur. L’ambiance générale est froide, rêveuse, imprégnée d’une profonde solitude. Ici, le statut de “muse” s’établit dans la capacité du modèle à incarner le désir et la mélancolie pure. Le vêtement jure avec la forêt, comme symbolisant la condition même de l’idole : un être hyper-visible, perpétuellement projeté dans des espaces qui ne sont pas les siens, condamné à chercher sa propre identité sous le projecteur de la photographe.

L’iconographie du sacré et la solitude animale

Face à cette première dérive sylvestre, une troisième œuvre opère un recentrage brutal et mystique. Le cadrage se resserre en un gros plan frontal sur Yeonjun, accroupi, fixant cette fois directement l’objectif. Le dispositif scénique introduit un élément perturbateur : un chevreuil sauvage, capté de profil et décentré sur la gauche de l’image.

La colorimétrie abandonne ici la saturation verte pour se fondre dans des nuances douces de beige et de marron, créant une harmonie tonale avec la fourrure de l’animal. Le grain est dense, le focus légèrement flouté, installant une texture cotonneuse qui évoque le souvenir ou le songe. Mais c’est l’apparition d’ailes d’ange fixées au dos de Yeonjun qui fait basculer la photographie dans le domaine de la sémiotique sacrée.

L’utilisation d’une telle imagerie (l’ange, l’animal sauvage) pourrait glisser vers le cliché si la mise en scène n’était pas contrebalancée par l’expression du modèle. Le regard de Yeonjun n’a rien de céleste ; il est lourd, empreint d’une mélancolie sourde et d’une pureté presque douloureuse. L’animal de profil semble ignorer la caméra, tandis que l’homme-ange nous prend à partie. En associant ces symboles de vulnérabilité absolue (le blanc des ailes, la fragilité de la faune), Collins et Yeonjun interrogent la notion d’innocence. L’idole est un être sacralisé par les foules, mais cette sacralisation l’isole du reste du monde vivant. Ce cliché capture l’essence de cette solitude : un être hybride, coincé entre le divin pop et la réalité terrestre.

L’épuisement horizontal et le lâcher-prise

Le voyage diurne s’achève au bout du couloir par une image d’un abandon total. Saisie dans un cadrage serré qui semble adopter un point de vue extérieur et surplombant, la photographie montre Yeonjun allongé de tout son long dans l’herbe haute.

La composition se focalise sur les lignes de son visage et de son bras replié. Les teintes froides dominent à nouveau, le vert de son vêtement fusionnant avec le vert de la végétation environnante. La lumière, d’une grande douceur, descend verticalement mais laisse de larges zones d’ombre découper les traits de son visage. Le grain de l’image, semblable à un voile protecteur, accentue l’ambiance apaisante et crépusculaire de la scène.

Sur une des œuvres suivantes, Yeonjun a les yeux grands ouverts, fixés droit vers le ciel, et donc vers l’objectif de Petra Collins. Sa posture est totalement relâchée, dénuée de la tension musculaire propre aux chorégraphies millétrées qui caractérisent sa carrière scénique. L’émotion qui se dégage de cette œuvre est une douceur teintée de tristesse. Les fleurs sauvages qui parsèment l’herbe agissent comme des symboles de vanité et de finitude. Pour l’une des fans que nous avons interrogée, c’est précisément ce visage dépouillé d’artifices qui marque la rupture : la découverte d’un aspect organique, où la star accepte de s’allonger sur le sol, vulnérable, acceptant de n’être qu’un corps parmi les herbes. La muse ne joue plus un rôle. Elle existe, simplement, dans la fatigue magnifique d’un jour qui décline.

Le seuil de la nuit: l’espace domestique ou la fin du décor

Au coin de l’exposition, une œuvre charnière fait office de sas psychologique entre la clarté mélancolique du jour et les abîmes électriques de la nuit. Une photographie de plus opère un chisme radical en abandonnant le cadre forestier pour un espace clos, domestique, mais profondément dysfonctionnel.

La composition adopte de nouveau un cadrage centré, jouant sur une symétrie qui rappelle la rigueur du premier cliché de l’entrée. Cependant, l’ordre formel est immédiatement contredit par le chaos du décor. Yeonjun est assis, le corps lâche, adossé à un lit défait, au cœur d’une pièce dont les murs et le dénuement évoquent une maison abandonnée, un espace squatté ou en ruine.

Techniquement, Petra Collins utilise ici un contre-jour d’une grande subtilité. La lumière douce traverse l’espace par l’arrière, dénaturant les couleurs et créant des aberrations chromatiques volontaires. Un orange de plomb (le pantalon) et un vert éteint (la chemise) émergent d’une dominance de teintes beiges et marron crasseuses. Le grain argentique épais et le voile constant sur l’image accentuent cette sensation de moiteur et de temps qui n’a plus d’importance.

L’expression de Yeonjun est le point focal de cette transition. Légèrement surplombé par la caméra, il fixe l’objectif avec un regard direct qui frôle la condescendance. Son corps refuse la politesse habituelle de l’idole face à son public. Nous ne sommes plus dans le sanctuaire d’une chambre d’hôtel de luxe ou d’un studio photo aseptisé ; nous sommes dans l’arrière-boutique de la célébrité, dans un lieu de solitude crue. Ce cliché marque la fusion des deux univers artistiques : la signature esthétique de Collins, le trash-glamour nostalgique, s’imbriquant parfaitement dans la volonté de Yeonjun de briser son image publique. Ce lit défait et cette désinvolture théorisent l’effondrement des décors lisses de la célébrité. L’idole n’habite plus un rêve, il s’avoue marginal.

La nocturnale: tension néon et dispositifs voyeuristes

Une fois ce seuil franchi, le parcours plonge le spectateur dans la section « NIGHT ». L’atmosphère s’assombrit, la température chromatique vire à l’incandescence et les concepts scénographiques se font plus agressifs.

Le drame chromatique et la chair brûlée

Placée juste à côté de la scène du lit, une œuvre annonce le changement d’ère esthétique. Il s’agit d’un portrait de profil en gros plan, où la composition centrée isole le visage de Yeonjun sur un arrière-plan flou, évoquant les lueurs lointaines d’un coucher de soleil dont les blancs sont volontairement cramés par l’exposition.

Le traitement de la lumière change radicalement de nature. À la douceur diurne succède une source orangée et rouge néon ultra-saturée, projetée directement sur le profil de l’artiste. Le bleu, toujours présent en arrière-plan, crée un contraste thermique violent. La texture de l’image devient presque tactile : le grain est dense, le focus est mouvant, et la lumière semble brûler la pellicule autour des contours de son visage.

Yeonjun se raidit, le visage orienté de trois-quarts vers le haut, les yeux levés vers le ciel nocturne. L’émotion nette et sans fioriture qui se dégage de ce traitement technique est une solitude aux accents tragiques. L’orange et le rouge néon n’évoquent pas ici le confort d’un foyer, mais une tension psychologique, une alerte visuelle. Ce visage baigné de néon subit la lumière plus qu’il ne la cherche. C’est le portrait d’une mélancolie moderne, des villes, des revers de la réussite de l’homme public, où l’éclat artificiel remplace le soleil et isole le sujet dans une introspection douloureuse.

La serrure et la théorisation du voyeurisme

Le cœur conceptuel de la section nocturne repose sans conteste sur un chef-d’œuvre de scénographie : un diptyque sublime déployé sur deux murs orthogonaux, dont la prise de vue feint d’avoir été captée à travers le trou d’une serrure. Ce dispositif force le visiteur à adopter une posture physique de voyeur, redéfinissant son rapport au modèle.

L’analyse de la composition des deux images révèle une dynamique de rapprochement cinématographique. Sur le mur de gauche, un plan large montre Yeonjun minuscule dans l’image, perdu et décentré au milieu d’une masse de noir absolu. Ce vide abyssal installe une distance immense entre le sujet et l’œil du spectateur. L’artiste est assis, le dos contre un mur nu, accablé par l’obscurité. Sur le mur de droite, le cadre se resserre brutalement en un portrait plus intimiste. Yeonjun sature l’espace visuel, assis en tailleur, le dos voûté, le regard dirigé vers le milieu-bas.

L’unité du diptyque est assurée par une colorimétrie commune, fondée sur un contraste violent entre la nappe noire et des couleurs néon saturées (dominance de bleu et de rouge/orange). L’ambiance est profondément nocturne, oscillant vers celle d’une chambre d’hôtel, la texture granuleuse et contrastée accentuant la dureté de l’isolement.

Ce dispositif renvoit une critique cinglante de la condition humaine. La serrure symbolise la frontière poreuse et violente entre la vie publique et l’intimité d’une star mondiale. De façon intéressante, le spectateur est pris au piège de sa propre curiosité. Complice voyeuriste ou victime de son ignorance de ce que vit l’artiste? En passant du plan large au plan serré, le public expérimente une fausse sensation d’intimité, une intrusion dans la vulnérabilité du musicien. Comme l’a parfaitement verbalisé une autre fan de l’artiste, marquée par cette œuvre, Yeonjun apparaît ici débarrassé de son « image d’idole », il devient un « vrai garçon », un être humain auquel on peut s’identifier précisément parce qu’il souffre de la même solitude que tout un chacun.

Ce glissement du statut d’idole à celui de pur sujet d’art contemporain s’inscrit au cœur de la stratégie visuelle du projet. Roian explicite cette ambition :

« Collaborer avec Petra Collins, l’une des artistes visuelles marquantes de sa génération, nous a permis de présenter une nouvelle perspective sur son identité artistique. Plutôt que de simplement produire des images éditoriales, notre objectif était de créer un ensemble d’œuvres capables d’exister dans le contexte d’une galerie, invitant le public à faire l’expérience de sa narration visuelle d’une manière plus immersive et durable. »

La serrure n’ouvre pas sur un secret croustillant ; elle ouvre sur le vide d’une chambre close où l’icône, une fois le rideau tombé, replie son corps sur lui-même.

L’évanescence et la fragilité du sacrificiel

La fin de la section nocturne s’articule autour de deux œuvres majeures qui s’étendent sur la notion de finitude et de théâtralité. Une première photographie plonge le spectateur dans un espace baigné d’une brume épaisse. La composition y est rigoureusement centrée et symétrique, laissant un grand vide autour du sujet, uniquement comblé par des volutes de fumée.

Lumière et couleur s’y affrontent subtilement : une teinte orange douce enveloppe la scène, mais c’est le blanc pur du tee-shirt de Yeonjun qui aimante le regard au centre géométrique du cliché. L’ambiance est à la fois chaleureuse et mystérieuse. Le grain dense s’associe au flou de la fumée pour créer un effet de voile. Yeonjun y apparaît immobile, ses cheveux dissimulant ses yeux. La présence d’un chandelier introduit une dimension sacrificielle et rituelle de son existence auprès du public. Le calme apparent cache une tension sourde, celle d’un artiste faisant face au vide de sa propre représentation.

Ce motif de la disparition programmée se prolonge et s’intensifie dans la deuxième œuvre, un plan américain et symétrique où Yeonjun tient des fleurs délicatement entre ses mains. Le choix chromatique de Petra Collins atteint ici une efficacité redoutable en opposant un fond bleu lumineux à la silhouette orange du modèle. Un effet de lumière en étoile confère à la scène une aura féerique, presque magique.

La texture de l’œuvre opère un renversement technique fascinant : alors que les fleurs au premier plan sont d’une netteté absolue, le visage et le corps de Yeonjun sont volontairement laissés dans le flou, en partie dissimulés par sa chevelure. Bras fermés et presque croisés, il dégage une désinvolture qu’il assume pleinement, une nonchalance qui sert toutefois de bouclier. Les fleurs fanées agissent ici comme une métaphore classique de la vanité et de la beauté éphémère. La fragilité de la flore s’associe à la distance instaurée par le bleu de l’arrière-plan pour signifier la nostalgie d’un instant déjà perdu. Pourtant, Yeonjun n’est pas passif ; la force de sa présence emplit littéralement la scène, le positionnant non plus comme un simple modèle soumis à l’œil de Collins, mais comme le co-créateur conscient de sa propre mise en scène. Pour un des visiteurs interrogés, cette section consacre la réussite de la collaboration : la photographe sait utiliser son modèle à la perfection pour en extraire une beauté authentique et en faire un modèle absolu, naviguant avec brio dans ce clair-obscur émotionnel entre le chaud et le froid.

L’intimité consensuelle et le dialogue final

L’exposition s’achève sur une note radicalement différente avec la section « CLOSE », qui abandonne les tensions du néon et le mystère des grands espaces pour se recentrer sur l’humain à hauteur de regard. Un humain qui ne se définit plus uniquement par ce qu’il fait, mais ce qu’il est, qui il est.

L’omniprésence du titre VOGUE dans le dispositif ne relève d’ailleurs pas du simple placement de marque, mais d’un acte de positionnement culturel global. Selon la direction créative de BIGHIT MUSIC :

« Le partenariat avec VOGUE était tout aussi significatif. […] Notre objectif était non seulement de présenter YEONJUN comme un musicien à succès, mais de renforcer son potentiel en tant que figure créative mondiale dont l’influence s’étend au-delà de la mode de luxe, de la culture visuelle et de la narration contemporaine. Nous pensons que les artistes d’aujourd’hui ne se définissent plus uniquement par leur musique. »

Le polaroid comme journal intime et espace de confiance

À ce titre, une œuvre clé se présente sous la forme d’un diptyque dont la mise en page scénographique feint le carnet de bord. Les deux clichés, adoptant le même gros plan resserré et décentré sur le visage de Yeonjun, sont entourés de véritables tirages polaroids. L’arrière-plan y est totalement flou, focalisant l’attention sur la peau et les expressions du jeune homme.

L’utilisation d’une colorimétrie dorée propre aux émulsions argentiques baigne l’ensemble dans une lumière diffuse venant du haut, projetant des ombres délicates sur ses traits. L’ambiance n’est plus au drame, mais à une nostalgie apaisée. Sur la photo de gauche, Yeonjun est capté de profil, allongé, le regard perdu dans le vide, dans un abandon total de ses fonctions de représentation. Sur la photo de droite, ses yeux se fixent juste derrière l’objectif, adoptant une expression rêveuse.

La symbolique du dispositif est évidente : la solitude cède la place à une intimité partagée. Les polaroids périphériques renforcent l’impression d’un journal intime, compilant des moments banals, spontanés et captés dans une confiance absolue entre le sujet et la photographe. C’est ici que la relation muse/artiste s’efface au profit d’une humanité véritable. Le visiteur n’est plus un voyeur derrière une serrure, il est l’invité d’un instant, d’un espace de sécurité émotionnelle où l’idole s’autorise à n’être qu’un garçon fatigué, mais serein.

Le miroir du regard : la clôture du dialogue

L’expérience esthétique culmine et prend fin avec un très gros plan en noir et blanc d’une sobriété absolue. La composition fait le choix d’un cadrage asymétrique et décentré, coupant le visage pour concentrer toute la puissance plastique de l’image sur les yeux de Yeonjun, placés au centre géométrique de la toile.

La texture se fait granuleuse mais d’une netteté chirurgicale sur le regard, éclairé de face par une lumière douce. Yeonjun ne fixe pas le spectateur ; ses yeux sont tournés vers la droite, arborant une expression calme, apaisée et détendue. Le coup de génie réside dans l’implantation scénographique de l’œuvre : ce regard en coin est dirigé de manière très littérale vers le mur adjacent, là où les visiteurs sont invités à laisser des messages écrits.

La symbolique est magistrale. En orientant le regard de l’artiste vers les mots de sa communauté, Petra Collins brise définitivement la verticalité inhérente au statut de pop-star. L’exposition ne se referme pas sur une image d’autocélébration, mais sur un dialogue horizontal. Le gros plan sur les yeux invite à une communication pure, créant un sentiment d’égalité immédiate. L’idole regarde ses fans l’écrire, et les fans regardent l’idole les lire. La boucle esthétique est bouclée, transformant le projet en une œuvre participative, collaborative et profondément humaine.

L’avènement du “real boy”

Notre parcours artistique s’achève. En refusant les codes de la perfection artificielle et en embrassant les textures faillibles de l’argentique, le duo a réussi le pari de déshabiller l’icône pour laisser poindre l’artiste, le jeune homme, puis l’humain, tout simplement.

En définitive, ce projet dépasse le cadre de la simple monographie éphémère. Pour reprendre les termes de Roian, Branding Creative Director chez BIG HIT MUSIC:

« [Cet événement] marque une étape importante dans l’évolution à long terme de l’IP créative [Propriété Intellectuelle Créative] de YEONJUN. À travers des collaborations avec des artistes et des institutions reconnus internationalement, nous espérons continuer à élargir son identité, non seulement en tant que performeur, mais en tant que figure culturelle mondiale. »

À l’aube de ses nouveaux projets musicaux en solo qui verront le jour cette semaine, cette exposition séoulite aura ainsi posé les jalons d’un artiste définitivement insaisissable, dont l’insolence de l’image n’est que le reflet d’une liberté totale.

Une chose est sûre, l’exposition se refuse de ne documenter que le charme ou la polyvalence d’un « all-rounder » de l’industrie musicale. Elle maintient l’ambition d’explorer les zones grises de la célébrité avec sa solitude sylvestre, sa claustrophobie du voyeurisme et sa mélancolie des lumières artificielles. En faisant cohabiter l’insolence du débat visuel et la vulnérabilité du journal intime, Yeonjun et Petra Collins offrent un miroir tendu à notre propre époque. Derrière l’idole intouchable, le public a enfin pu rencontrer le « real boy ». Une proposition artistique d’une pleine honnêteté, qui résonnera sans aucun doute bien au-delà des frontières de la péninsule, et dont l’écho se fera ressentir jusqu’aux prochaines échéances créatives de l’artiste.

Un merci infini à toute l’équipe TXT de BIG HIT MUSIC et à la HYBE Corp pour toujours croire en mes projets, notamment à Y. pour son soutien infaillible. Mes remerciements également à ma chère photographe, Mélanie, pour me suivre dans mes projets créatifs les plus excentriques, aux fans de Choi Yeonjun qui ont accordé les interviews sur place, à l’équipe de l’exposition et à Roian, Branding Creative Director de BIG HIT MUSIC, pour sa précieuse intervention.


Coordination & contenu médiatique : Demona Lauren & BIG HIT MUSIC/HYBE Corp
Photographie et assistance : Mélanie Gomez-Vidal, DL Team

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Posted by:Demona Lauren

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